ReS Futurae 17 Tendances et évolutions du cinéma de science-fiction

By Event Horizon Telescope – https://www.eso.org/public/images/eso1907a/

Le n° 17 de ReS Futurae (juin 2021) est consacré à Tendances et évolutions du cinéma de science-fiction. Il comprend un dossier dirigé par Daniel Tron et moi.

J’y signe deux articles :

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Imposture et ontologie de la fiction réaliste : une lecture science-fictionnelle de Celle que vous croyez (Camille Laurens)

Imposture et ontologie de la fiction réaliste : une lecture science-fictionnelle de Celle que vous croyez (Camille Laurens), Revue Critique de Fixxion contemporaine, n° 22, dossier « Figures du mensonge et de la mauvaise foi dans le roman contemporain », Maxime Decout et Jochen Mecke (dir.), juin 2021, p. 104-115. URL : http://www.revue-critique-de-fixxion-francaise-contemporaine.org/rcffc/article/view/fx22.10.

Au continuum des littératures documentaires étudiées par Laurent Demanze ou Dominique Viart correspond un pendant fictionnel, pseudo-documentaire, donnant lieu à des objets d’interprétation difficile, comme Celle que vous croyez (2016) de Camille Laurens, récit dans lequel la posture de l’autrice consiste à imposer une sorte de concaténation de réajustements référentiels, où l’autofiction devient pure fiction et où le statut du document se trouve mis en cause : le mensonge se mue en moteur de l’intérêt et de l’action, en s’exhibant et en mettant le lecteur au défi de construire un monde possible où les contradictions de la/des narratrices prendraient sens. Cert article examine la dynamique de l’imposture dans ce roman, en prenant appui sur des catégories importées depuis l’étude de la science-fiction. Emprunter les notions d’artefacts fictionnels (R. Saint-Gelais) et de novum (D. Suvin) permet de décaler la perspective sur ce que construit Camille Laurens : une structure labyrinthique, où le sentiment de vertige ontologique n’aboutit pas à une perte de repères, bien au contraire, puisqu’il nous fait ressentir une réalité banale et pourtant presque insaisissable, cette transparence qui anéantit l’identité des femmes passé un certain âge. À cette transparence, l’autrice oppose une autre forme de validation que le regard masculin, dans les échanges intradiégétiques entre différents personnages féminins, mais aussi du fait du dispositif textuel lui-même. En attirant l’attention sur les conditions de possibilité de l’écriture et de la production de ses artefacts fictionnels, le grand trompe-l’œil du roman de Camille Laurens incite à confronter ses composants pseudo-documentaires entre eux, pour en extraire la figure composite d’une femme invisible, mais lisible, dont l’imposture est la vérité même.

Une force fragile : ambiguïtés des IA « féminines » contemporaines

Dans le cadre du colloque IA Fictions (3-5 juin 2021), organisé par Alexandre Gefen, j’ai fait une communication sur « Une force fragile: ambiguïtés des IA « féminines » contemporaines« . La vidéo peut être vue ici.

Résumé

Dès lors qu’elle est anthropomorphisée dans la fiction, et donc identifiable à un agent spécifique plutôt qu’à une masse de processus invisibles, la représentation de l’Intelligence Artificielle se singularise notamment par des choix d’assignation de genre. La question de l’intelligence et de la conscience croise alors les faisceaux de représentations associés aux pôles féminin et masculin. Dans l’histoire de la science-fiction, les versions masculines de robots et d’ordinateurs autonomes prolongent le plus souvent des variantes du mythe du Golem, ou du complexe de Frankenstein –la créature violente et prédatrice échappant à son créateur –tandis que les versions féminines renvoient à un complexe de Pygmalion, suscitant désir et intrigues amoureuses (qu’on songe à L’Ève future de Barbey d’Aurevilly ou au Metropolis de Fritz Lang). Il n’est pas surprenant de constater que, dans presque toutes les configurations antérieures aux années 1990, le choix du masculin pour caractériser une intelligence artificielle est destiné à connoter soit une sage neutralité, soit une volonté de puissance, tandis que le féminin renvoie à un caractère maternel ou sensuel, et le cas échéant à une émotivité «hystérique».

Il ne s’agira pas tant ici de cartographier l’histoire de cette répartition longtemps impensée, mais plutôt de repérer ce que son évolution lors de la période contemporaine signale comme dynamique apparemment paradoxale: le recours à la figuration ambiguë d’une fragilité masquant ou atténuant une force susceptible d’effrayer, ou du moins de susciter un sentiment d’impuissance chez les humains. Tout se passe comme si le recours au féminin –tout en continuer de jouer des éléments d’attraction et des ressorts de projection empathique usuels –constituait un point d’accès métaphorique à la réflexion sur l’émergence d’une conscience et d’une puissance attribuables à l’IA: «la femme» comme symbole de l’«IA émergente», avec cet avantage de présenter un visage moins inquiétant pour un public humain: emploi stratégique d’une modalité de caractérisation destiné à jouer d’un effet de familiarité pour acclimater le novum–la disruption cognitive introduite en science-fiction.

À cet égard, la question du genre éclaire autant la problématique de l’Intelligence Artificielle, qu’en retour la question de l’IA la problématique du genre, en les associant dans une même démarche de mise en perspective de l’«enpowerment»: comment représenter en fiction, et de là comment penser, l’émergence d’une force à partir d’une apparente faiblesse; et comment la rendre acceptable –aussi bien plausible que valable axiologiquement –aux yeux des lecteurs et spectateurs?

L’objectif principal de cette communication sera d’interroger ce que l’assignation d’un genre féminin aux personnages d’IA fait aux représentations de l’Intelligence Artificielle, à la fois en termes d’amorces narratives et de possibilités de caractérisation, pour déterminer la portée exacte de l’enpowerment que ces fictions proposent. Pour cela, nous procèderons en deux temps, en proposant d’abord l’examen des principaux ressorts employés pour composer des personnages à la fois fragiles et forts dans les fictions contemporaines, puis en suivant le fil singulier de la caractérisation d’une Intelligence Artificielle dans la série des «Futurs Mystères de Paris» de Roland C. Wagner (1996-2006), étude de cas de la trajectoire de Gloria, une «aya» suffragette et anticapitaliste, dont la «féminité» est d’emblée le signe d’une force de revendication politique(dans un cadre en partie humoristique). L’examen suivi de cet exemple servira ainsi de contrepoint pour remettre en perspective les ambiguïtés des traitements actuels de l’IA «féminine».

La science de tous les possibles. Comment la science-fiction éclaire-t-elle le monde ? (4 mai 21)

Table ronde donnée dans le cadre d' »Eclairages« , diffusion des connaissances pour Sorbonne Université.

La table ronde peut être vue ici

Animée par Thomas Rozec, journaliste et animateur du podcast Programme B sur Binge Audio avec :

Le reporter face au super-héros : un aventurier de notre temps ?

« Le reporter face au super-héros : un aventurier de notre temps ? », Presse et bande dessinée. Une aventure sans fin, Alexis Lévrier et Guillaume Pinson (dir.), Paris, Les Impressions Nouvelles, « Réflexions faites », 2021, p. 209-224. (obtenir l’ouvrage)

Clark Kent, chroniqueur privilégié de Superman : faut-il voir dans le choix de l’alter ego du premier super-héros des comics américains le signe que la profession de reporter entretient un lien particulier avec les figures surhumaines qui peuplent les univers de DC Comics et de Marvel ? Superman et Spider-Man sont deux héros iconiques des firmes DC et Marvel : leurs activités de journaliste et de reporter photo sont à la source aussi bien de leurs aventures extraordinaires que d’une grande part de leurs interactions personnelles, en tant qu’alter ego.

Néanmoins, la situation est plus nuancée. Les figures de journalistes font partie d’un continuum de rôles entourant les actions publiques des héros, occupant une place très variable selon le type de récit envisagé. De plus, la manière de les traiter a connu des évolutions notables en près de quatre-vingts ans d’édition : cela va du « meilleur ami » du héros, tel Jimmy Olsen pour Superman, au « meilleur ennemi », en la personne de J. Jonah Jameson, le directeur du Daily Bugle poursuivant Spider-Man de son ire, jusqu’à des personnalités et des récits plus complexes à partir des années 1980.

Nous tâchons de déterminer un faisceau de spécificités qui dessine dans les comics de super-héros une place un peu à part pour la figure du reporter. Celle-ci apparaît comme un instrument privilégié de remise en perspective du rôle des héros et de la portée de leurs actions au sein de la société, en introduisant la possibilité qu’un autre regard soit jeté sur les événements que la simple représentation qui en est faite via le récit dessiné, et en suggérant, voire en formulant, un discours critique sur ce que signifie exactement l’héroïsme dans un monde de super-héros.

Activités en 2020

Voici un aperçu de mes activités de recherche en 2020

Articles

  • « L’altérité au prisme de la polytextualité : les artefacts science-fictionnels de Points chauds (Laurent Genefort) »ReS Futurae, « Fictions de mondes possibles : les formes brèves et la science-fiction », Yves Iehl et Jean Nimis, n°16, 2020, mis en ligne le 15 décembre 2020URL : http://journals.openedition.org/resf/8399
  • « Quand un collaborateur se rêve en résistant : la science-fiction de B. R. Bruss », « Vivre avec le deuil de la Résistance. Relectures de l’après-guerre », Julien Roumette (dir.), Littératures, n°82, 2020, p. 109-124.
  • « Ailleurs et Demain, Ici et Maintenant : Mai 68 et validation culturelle de la science-fiction en France », Ce que Mai 68 a fait à la littérature, Nelly Wolf et Matthieu Rémy (dir.), Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, coll. Perspectives, 2020, p. 111-122.
  • « Vers une immersion participative : étude comparée d’artefacts fictionnels en littérature, au cinéma et dans le jeu vidéo », Cahiers de Narratologie, « Approches transmédiales du récit dans les fictions contemporaines », Rémi Cayatte et Anaïs Goudmand (dir.), n°37, 2020, mis en ligne le 04 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/narratologie/10466 ; DOI : https://doi.org/10.4000/narratologie.10466
  • « Dissonance et harmonies culturelles : la mise en crise des sociétés dans la science-fiction française contemporaine (2010-2019) », Œuvres et critiques, « La science-fiction en langue française », Paul Scott et Antje Ziethen (dir.), n° XLIV, 2, 2019, p. 15-31.

Colloques et conférences

Deux articles d’histoire de la science-fiction française

En cette fin d’année, deux de mes articles portent sur l’histoire de la science-fiction française :

« Ailleurs et Demain, Ici et Maintenant : Mai 68 et validation culturelle de la science-fiction en France », Ce que Mai 68 a fait à la littérature, Nelly Wolf et Matthieu Rémy (dir.), Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, coll. Perspectives, 2020, p. 111-122. Disponible ici.

« Quand un collaborateur se rêve en résistant : la science-fiction de B. R. Bruss », « Vivre avec le deuil de la Résistance. Relectures de l’après-guerre », Julien Roumette (dir.), Littératures, n°82, 2020, p. 109-124. Disponible ici.